Partager l'article ! Retour sur le débat relatif au renouvellement de la classe politique avec Julien Proffit (UMP) et Hervé-Mélaine Agbessi (PS): Le 19 ...
Le 19 novembre 2010, après l’Assemblée Nationale et l’Europe politique, nous voici de retour à « La Chelloise » pour un café-débat pour le moins original, puisque cette fois-ci étaient conviés deux intervenants locaux : Julien Proffit, avocat et délégué UMP de la nouvelle 7e circonscription de Seine-et-Marne, ainsi que Hervé-Mélaine Agbessi, délégué à la communication au sein de la section PS de Chelles. Au menu du soir était proposé un savoureux débat sur le renouvellement générationnel en politique, même si en réalité, il fut longuement question du renouvellement sous tous ses aspects.
Julien Proffit a ouvert le bal en rappelant à juste titre que la France faisait figure d’exception en ce qu’elle semble être en retard par rapport aux autres pays qui renouvellent leur élite politique de manière à la fois plus rapide et moins décomplexée. A l’aune des exemples que constituent l’Espagne de Zapatero ou les Etats-Unis d’Obama, l’avocat a souligné le décalage français en la matière. Cette spécificité a été déclinée sous trois aspects successifs. Premièrement, Julien Proffit a insisté sur le fait que l’Etat français avait peu légiféré pour intégrer des minorités visibles, au nom du principe d’égalitarisme républicain induisant la non-reconnaissance des minorités dans le cadre électoral. L’impossibilité de pouvoir développer des statistiques électorales ethniques serait intimement liée à des raisons historiques, au passé vichyste qui avait vu la mise en place des fichiers ethniques. Ensuite, la législation est allée dans le sens d’une représentation des femmes en politique plus élevée, avec les nombreuses lois successives sur la parité, obligeant de droit et de fait la promotion du renouvellement par le genre. Enfin, le délégué à la 7e circonscription a rappelé que le cumul des mandats avait connu une hausse spectaculaire tout au long du XXe siècle : alors que 33% des députés cumulaient un autre mandat en 1936, ils n’étaient pas moins de 45% sous la IVe République et 77% sous la Ve République… Et ce, en dépit d’un « arsenal législatif », dont l’article 23 de la Constitution ou d’autres lois organiques instituées en 1985, limitant entre autres le cumul à deux mandats. L’argument invoqué expliquant la persistance d’une pratique politique curieuse était que les autres pays n’avaient guère besoin de légiférer sur la question tant le mandat unique s’imposait comme une évidence. Il y aurait selon Julien Proffit une attente des citoyens et une demande sociale permettant d’articuler l’échelon national et l’échelon local, et le cumul de d’un mandat national et local permettrait d’être au plus près du terrain et des préoccupations citoyennes.
Assez largement en accord avec le constat dressé par notre invité de la majorité, Hervé-Mélaine Agbessi a toutefois focalisé sa présentation sur les blocages structurels du système, en proposant a contrario l’approfondissement des mesures visant à limiter le cumul des mandats – à ses yeux synonyme d’annihilation du renouvellement en politique. Dans tous les partis, il y aurait un dévoiement de la classe dirigeante restreignant le débat au niveau local et créant une endogamie qui n’est pas propice à l’émergence d’une nouvelle génération en politique… Sans compter les népotismes et baronnies en tous genres qui ne contribuent pas à l’émulation politique et à l’engagement des jeunes. Bien que le jeunisme ne puisse être érigé en règle et en programme politique, il n’en reste pas moins que les « anciens » ne parviennent à assurer une relève à la hauteur, alors que l’enjeu du renouvellement se retrouve aiguisé du fait des nouvelles questions politiques. Les problèmes du monde contemporain étant bien souvent des apories de long terme que l’on ne saurait résoudre par enchantement, il est absolument nécessaire, aux yeux du responsable PS, d’associer à tout prix les jeunes générations à des enjeux lourds de conséquences. En témoigne cette phrase illustre qu’il a proclamée avec ardeur, enthousiasme et conviction : « Il ne faut pas attendre que les vieux clamsent dans un tombeau ». En ce qui concerne les mesures à adopter afin de favoriser le renouvellement en politique, Hervé-Mélaine Agbessi a rappelé les apports du Parti Socialiste sur la question de la parité… Mais a aussi loué l’audace de Nicolas Sarkozy dans son intégration de personnes issues de la diversité dans son gouvernement (même si la conception de la diversité ne peut être réduite à une sorte de cosmétique politique). Notre invité a ensuite renchéri en reprenant à son actif les propositions sur le non-cumul des mandats récemment approuvées par le PS dans une convention. La persistance de cette pratique du cumul d’un mandat national et d’un mandat local serait en effet à la fois une entrave au renouvellement générationnel mais aussi le symbole d’un conservatisme et d’une logique d’appareil contraire aux principes qui doivent résolument être promus.
Il est donc tout à fait logique que le débat aie largement porté sur la place de la jeunesse en politique – mais aussi, à plus forte raison, dans la société. La question du cumul des mandats a également opposé les intervenants, soulignant par là même que l’interrogation restait ouverte, et qu’en dépit de très nombreuses convergences sur la thématique du renouvellement en politique, les solutions à adopter prennent des voies radicalement différentes. Il en résulte donc un débat de qualité, dont nous pouvons néanmoins regretter qu’il n’aie fait place aux questions suggérées par Julien Proffit, que sont la parité et la diversité dans le renouvellement en politique.
Le club "Citoyens engagés"
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