Dimanche 27 février 2011 7 27 /02 /Fév /2011 23:52

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La conférence débat du vendredi 22 octobre eut de singulier qu’elle se tint à l’Assemblée Nationale, reflétant par là l’ambition de notre club politique à gagner progressivement en visibilité. L’invité de la soirée n’en demeurait pas moins illustre puisque nous avons eu l’honneur d’accueillir Nicolas Dupont-Aignan, leader du parti gaulliste Debout le République. La question de l’avenir de l’Europe politique étant la thématique de cet échange, il allait de soi que les interrogations consécutives aux positions exposées par notre invité furent à la fois nombreuses et polémiques.

Nicolas Dupont-Aignan a longuement fait part de sa vision de l’Europe, considérant dans un premier temps que la confusion entre l’Europe et l’Union européenne finissait par tuer l’Europe même. L’idéal de paix et de progrès, indissociable de la construction européenne, peut pourtant faire à ses dires l’objet de deux lectures : d’une part, la primauté indispensable de la nation comme échelon politique de référence pour réaliser ce double impératif ; d’autre part, et a contrario, le frein que constituent les nations. Si ces deux visions qui affrontent farouchement – pour aller vite – partisans d’un renforcement de l’Etat-Nation et partisans d’une dislocation relative des nations au profit de structures supra-étatiques, sont respectables, nous dit Dupont-Aignan, le mythe de la nation européenne est un leurre qui a contribué à saper les repères nationaux. Ainsi, le rêve d’une Europe politique serait allé trop loin et aurait été à l’origine de ce « monstre politique » et bureaucratique, pour reprendre la métaphore que cet héritier du gaullisme a abondamment employée.

L’Europe politique signifierait donc vider de leur sens les démocraties nationales au profit de la démocratie européenne – laquelle ne serait possible qu’en présence d’un socle commun qui permettrait de la définir. Erigée en « dogme » et en « religion », la construction forcée de ce peuple européen aurait abouti à ses yeux à un double échec. Le premier est la suppression des frontières intérieures qui aurait concouru à brouiller les cartes en favorisant l’immigration clandestine, en profitant aux plus riches, et a fortiori en dépossédant les nations pauvres de leurs élites. Le deuxième « fiasco de l’Europe politique » se cristalliserait dans l’adoption d’une monnaie unique, l’Euro, alors que les systèmes économiques et financiers sont structurellement divers et différents. Fustigeant les disciples du jusqu’auboutisme monétaire, il a rappelé que « la mondialisation allait plus vite que l’européisation ».

Qu’en est-il de la place de la France dans le concert européen ? En bon souverainiste, celui qui se revendique comme l’un des seuls « vrais » héritiers du gaullisme n’a eu de cesse de considérer que la France se serait projetée et abandonnée dans le projet européen par faiblesse, en bradant au passage son indépendance et sa liberté. D’où la nécessité de proposer une France libre dans une Europe des nations unies où chacun pourrait « rester ce qu’il est ». Comment y parvenir ? Aux dires de Dupont-Aignan, la réponse est simple : sortir de cette Europe au service des banques et des oligarchies ne peut s’accomplir qu’à condition de rompre avec tous les traités inféodant la France aux instances supranationales (que cela soit l’Union Européenne ou l’OTAN). La voie à suivre qu’il appelle donc de ses vœux est celle d’une France indépendante au sein d’une Europe qui n’annihilerait pas les spécificités nationales.

Le débat qui a suivi cette présentation a non seulement porté sur la vision de l’Europe politique professée par Dupont-Aignan, mais également sur ses propositions économiques, sur son rapport au gaullisme – dont nous avons pu mesurer l’intimité –, et sur ses ambitions politiques. Cherchant à se démarquer sur l’échiquier politique, d’une manière presque providentielle (en distinguant bien soigneusement la « réalité » de la « vérité »), il a tenu clairement à se détacher de la majorité en se posant comme détracteur de Nicolas Sarkozy… Mais là aussi, bien des ambiguïtés ont été palpables si l’on se souvient qu’il lui avait accordé son suffrage lors des élections présidentielles de 2007. Sur les questions économiques, des interrogations judicieuses ont été émises : poussées à leur terme, les propositions – protectionnistes notamment – de Dupont-Aignan ne sont-elles pas post-keynésiennes, alors qu’il refuse même ce terme ? Notre invité a profité de l’échange pour réaffirmer quelques positions chères au gaullisme : l’importance accordée au référendum, à la souveraineté du peuple, mais aussi la centralité de valeurs républicaines structurantes, de la laïcité à la méritocratie, en passant par la primauté de l’Etat ou de la culture française dans le monde. Ce débat fut donc l’occasion de mettre à l’épreuve une sensibilité politique originale dont la fidélité au gaullisme est à la fois la référence historique et le fer de lance d’un programme politique, qui, nous pouvons le suggérer, pose finalement autant – ou plus – de questions qu’il n’en résout.

Le club "Citoyens engagés"

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