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Lundi 14 mars 2011 1 14 /03 /Mars /2011 16:09

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Invités le 7 février 2011 à l’Institut d’Etudes Politiques de Lille, l’ancien ministre Dominique Perben, le président du Conseil général du Nord, Bernard Derosier, le vice-président du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, Bernard Roman, et le Sénateur et Conseiller général Jean-René Lecerf sont revenus sur la réforme des collectivités territoriales. Suscitant l’enthousiasme du public, l’intervention des différents responsables politiques a notamment porté sur la fiscalité locale.

 

Les finances locales « au cœur de toutes les réformes » (rapport Balladur). La question d’une réforme de la fiscalité locale a régulièrement été posée, et ce depuis plusieurs années : outre le rapport de Pierre Mauroy, en 2000, Philippe Valletoux, pour le Conseil économique et Social, et Pierre Richard, sollicité par les ministres délégués au Budget et aux Collectivités territoriales ont, par exemple, rendu publics deux rapports sur cette question en 2006. L’année suivante, Alain Lambert, dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) s’est, quant à lui, intéressé aux relations entre l’Etat et les Collectivités publiques. Ce débat s’est posé avec d’autant plus d’acuité lorsque le président de la République a souhaité engager la réforme territoriale, le 22 octobre 2008 en confiant à un Comité présidé par l’ancien Premier ministre Edouard Balladur le soin de rédiger des propositions. Or, dès le 5 février 2009, compte tenu d’une conjoncture économique fortement dégradée, le chef de l’Etat annonçait la suppression de la taxe professionnelle, effective dès le 1er janvier suivant. Après de nombreux débats quant aux contours précis de la loi portant réforme des collectivités territoriales, définitivement adoptée le 16 décembre 2010, il semble que la représentation nationale ait préféré reporter à plus tard une réforme d’ensemble de la fiscalité locale. Car s’il existe un relatif consensus sur le constat que la fiscalité locale n’est pas à la mesure des enjeux auxquels sont confrontées les collectivités territoriales, force est de constater qu’une transformation de grande envergure dans ce domaine demeurera peu probable dans les années à venir. C’est dire à quel point ce sujet est politiquement sensible et techniquement complexe.

 

Les conséquences de la décentralisation sur le système de fiscalité locale. Le mouvement de décentralisation, transcendant très largement les courants politiques (Charles de Gaulle : « L’effort multiséculaire de centralisation qui fut longtemps nécessaire à notre pays ne s’impose plus » ; François Mitterrand : « La France a eu besoin d’un gouvernement fort et centralisé pour se faire. Elle a aujourd’hui besoin d’un pouvoir décentralisé pour ne pas se défaire ») et véritablement entamé à partir des lois de 1982 – 1983 dites « Lois Defferre », a conduit à des transferts de compétences au profit des collectivités territoriales. Il va de soi que les finances locales apparaîtront dès lors comme l’un des éléments fondamentaux permettant de juger de l’accomplissement de la décentralisation. Les multiples lois liées à ce mouvement constituent des moments forts pour le régime de la fiscalité locale.

 

La première conséquence des lois de décentralisation est que les collectivités territoriales ont procédé au recrutement de plus de 500 000 fonctionnaires depuis le début des années 1980, ce qui n’a pourtant pas empêché l’Etat de recruter près de 400 000 agents, au cours de la même période. L’Etat n’a pas su ou n’a pas voulu redimensionner ses services, et a maintenu à tous les niveaux du territoire, une présence forte alors que la décentralisation devait permettre de rationaliser la répartition des compétences, et réaliser ainsi des économies. L’ « Acte II » de la décentralisation opéré avec les lois Raffarin n’a fait qu’entériner le développement de doublons, voire parfois la concurrence entre les différents niveaux de collectivités territoriales (par exemple, l’aide aux entreprises est théoriquement une compétence exclusive de l’Etat, bien que cela constitue pour une commune un intérêt public local). La deuxième conséquence est que le transfert de compétences ne garantissant pas forcément un transfert proportionnel de ressources, des écarts de moyens, et donc d’équipements et de prestations ont émergé au moment même où les collectivités publiques commençait à passer d’une culture administrative à une culture du développement économique : les inégalités entre les territoires sont à l’origine d’inégalités de traitement entre les citoyens. Le pouvoir fiscal des collectivités territoriales demeure largement limité. Les collectivités n’ont ainsi aucun pouvoir de modifier l’assiette des impôts directs locaux (pour l’essentiel, outre la taxe professionnelle récemment supprimée, la taxe foncière sur les propriétés bâties et non bâties, la taxe d’habitation), mais seulement les taux, dans la limite d’un maximum fixé par la loi. En outre, elles ne peuvent pas décider de la création, de la modification voire de la suppression de l’impôt. La fiscalité directe locale repose essentiellement sur la propriété foncière, dont les bases d’imposition apparaissent conceptuellement archaïques, remontant à la Révolution française. Une large part des recettes des collectivités dépend des dotations que l’Etat accorde chaque année, dans sa loi de finances. A ce jour, la fiscalité locale témoigne d’un caractère complexe et opaque ; la multiplicité des impôts directs (taxes de balayage, taxe d’ordures ménagères, etc.) et indirects (droits de mutation, taxe sur les jeux, taxes d’urbanisme, etc.), rendus parfois facultatifs, n’est pas, non plus, la source d’une efficacité réelle.

 

Le rendez-vous manqué de 2003.

 

La révision du 28 mars 2003 a, pour sa part, accru la complexité du système. En constitutionnalisant le principe d’autonomie financière des collectivités territoriales (art. 72 – 2 C), le législateur a introduit un « verrou » contraire aux intérêts des collectivités, dans l’hypothèse où les impôts locaux et les impôts transférés verraient leurs assiettes respectives contraintes par une conjoncture économique mauvaise (droits de mutation à titre onéreux, baisse de la taxe intérieure sur les produits pétroliers…). Il semble que le principe d’autonomie financière, trop souvent traduit par le principe d’autonomie budgétaire, consacré au plan constitutionnel l’ait emporté sur celui d’équité financière. Pourtant, le contribuable (qui est aussi citoyen) est de plus en plus exigeant, souhaitant de la transparence et de l’efficacité dans les services publics locaux (accueils de loisirs, crèches familiales, politique culturelle, sportive…). Il s’agit également de tenir compte du risque de « dumping fiscal » et de la concurrence entre territoires. La suppression de la taxe professionnelle, calculée sur la valeur locative des immobilisations et critiquée pour constituer un frein à l’investissement, peut utilement atténuer cette tendance. Cette taxe dite « absurde », représentant tout de même 30,23 milliards d’euros en 2009 , a été remplacée par la Contribution Economique Territoriale , composée de deux éléments (la cotisation foncière des entreprises, et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises). Le remplacement de la « TP », intervenu pendant les travaux de la Commission Balladur, manifeste la possibilité de réformer la fiscalité locale. Cela étant, une réforme d’ensemble se heurte à de nombreuses craintes de la part des élus locaux qui redoutent une baisse de leurs ressources voire un « étranglement ».

 

Après le remplacement de la taxe professionnelle, intégré dans une Loi de Finances portant sur l’année 2010, et l’absence de toute disposition relative à la fiscalité locale dans la réforme des collectivités territoriales, il demeure un véritable défi en matière d’égalité : la consécration d’une péréquation efficace, qui permette de promouvoir une solidarité fiscale plus grande. Répondre aux véritables enjeux liés à l’organisation des collectivités territoriales ne pourra faire l’économie d’un débat global mobilisant aussi bien les citoyens – contribuables que l’ensemble des élus locaux : écoute, compréhension mutuelle pourront utilement alimenter le dialogue. Il ne faudrait d’ailleurs pas oublier que ce sont les maires et les élus locaux qui bénéficient de la confiance la plus importante des Français parmi l’ensemble de leurs dirigeants politiques. En attendant, il apparaît que la solution la plus réaliste serait de moderniser les bases des impôts existants et de promouvoir l’intégration fiscale.

 

Benjamin HUS

Etudiant à Sciences Po Lille, filière « Carrières Publiques »


Par Benjamin Hus
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Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 00:17

renouvellement de la classe po

Le 19 novembre 2010, après l’Assemblée Nationale et l’Europe politique, nous voici de retour à « La Chelloise » pour un café-débat pour le moins original, puisque cette fois-ci étaient conviés deux intervenants locaux : Julien Proffit, avocat et délégué UMP de la nouvelle 7e circonscription de Seine-et-Marne, ainsi que Hervé-Mélaine Agbessi, délégué à la communication au sein de la section PS de Chelles. Au menu du soir était proposé un savoureux débat sur le renouvellement générationnel en politique, même si en réalité, il fut longuement question du renouvellement sous tous ses aspects.

Julien Proffit a ouvert le bal en rappelant à juste titre que la France faisait figure d’exception en ce qu’elle semble être en retard par rapport aux autres pays qui renouvellent leur élite politique de manière à la fois plus rapide et moins décomplexée. A l’aune des exemples que constituent l’Espagne de Zapatero ou les Etats-Unis d’Obama, l’avocat a souligné le décalage français en la matière. Cette spécificité a été déclinée sous trois aspects successifs. Premièrement, Julien Proffit a insisté sur le fait que l’Etat français avait peu légiféré pour intégrer des minorités visibles, au nom du principe d’égalitarisme républicain induisant la non-reconnaissance des minorités dans le cadre électoral. L’impossibilité de pouvoir développer des statistiques électorales ethniques serait intimement liée à des raisons historiques, au passé vichyste qui avait vu la mise en place des fichiers ethniques. Ensuite, la législation est allée dans le sens d’une représentation des femmes en politique plus élevée, avec les nombreuses lois successives sur la parité, obligeant de droit et de fait la promotion du renouvellement par le genre. Enfin, le délégué à la 7e circonscription a rappelé que le cumul des mandats avait connu une hausse spectaculaire tout au long du XXe siècle : alors que 33% des députés cumulaient un autre mandat en 1936, ils n’étaient pas moins de 45% sous la IVe République et 77% sous la Ve République… Et ce, en dépit d’un « arsenal législatif », dont l’article 23 de la Constitution ou d’autres lois organiques instituées en 1985, limitant entre autres le cumul à deux mandats. L’argument invoqué expliquant la persistance d’une pratique politique curieuse était que les autres pays n’avaient guère besoin de légiférer sur la question tant le mandat unique s’imposait comme une évidence. Il y aurait selon Julien Proffit une attente des citoyens et une demande sociale permettant d’articuler l’échelon national et l’échelon local, et le cumul de d’un mandat national et local permettrait d’être au plus près du terrain et des préoccupations citoyennes.

Assez largement en accord avec le constat dressé par notre invité de la majorité, Hervé-Mélaine Agbessi a toutefois focalisé sa présentation sur les blocages structurels du système, en proposant a contrario l’approfondissement des mesures visant à limiter le cumul des mandats – à ses yeux synonyme d’annihilation du renouvellement en politique. Dans tous les partis, il y aurait un dévoiement de la classe dirigeante restreignant le débat au niveau local et créant une endogamie qui n’est pas propice à l’émergence d’une nouvelle génération en politique… Sans compter les népotismes et baronnies en tous genres qui ne contribuent pas à l’émulation politique et à l’engagement des jeunes. Bien que le jeunisme ne puisse être érigé en règle et en programme politique, il n’en reste pas moins que les « anciens » ne parviennent à assurer une relève à la hauteur, alors que l’enjeu du renouvellement se retrouve aiguisé du fait des nouvelles questions politiques. Les problèmes du monde contemporain étant bien souvent des apories de long terme que l’on ne saurait résoudre par enchantement, il est absolument nécessaire, aux yeux du responsable PS, d’associer à tout prix les jeunes générations à des enjeux lourds de conséquences. En témoigne cette phrase illustre qu’il a proclamée avec ardeur, enthousiasme et conviction : « Il ne faut pas attendre que les vieux clamsent dans un tombeau ». En ce qui concerne les mesures à adopter afin de favoriser le renouvellement en politique, Hervé-Mélaine Agbessi a rappelé les apports du Parti Socialiste sur la question de la parité… Mais a aussi loué l’audace de Nicolas Sarkozy dans son intégration de personnes issues de la diversité dans son gouvernement (même si la conception de la diversité ne peut être réduite à une sorte de cosmétique politique). Notre invité a ensuite renchéri en reprenant à son actif les propositions sur le non-cumul des mandats récemment approuvées par le PS dans une convention. La persistance de cette pratique du cumul d’un mandat national et d’un mandat local serait en effet à la fois une entrave au renouvellement générationnel mais aussi le symbole d’un conservatisme et d’une logique d’appareil contraire aux principes qui doivent résolument être promus.

Il est donc tout à fait logique que le débat aie largement porté sur la place de la jeunesse en politique – mais aussi, à plus forte raison, dans la société. La question du cumul des mandats a également opposé les intervenants, soulignant par là même que l’interrogation restait ouverte, et qu’en dépit de très nombreuses convergences sur la thématique du renouvellement en politique, les solutions à adopter prennent des voies radicalement différentes. Il en résulte donc un débat de qualité, dont nous pouvons néanmoins regretter qu’il n’aie fait place aux questions suggérées par Julien Proffit, que sont la parité et la diversité dans le renouvellement en politique.

Le club "Citoyens engagés"

Par Le club "Citoyens engagés"
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Dimanche 27 février 2011 7 27 /02 /Fév /2011 23:52

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La conférence débat du vendredi 22 octobre eut de singulier qu’elle se tint à l’Assemblée Nationale, reflétant par là l’ambition de notre club politique à gagner progressivement en visibilité. L’invité de la soirée n’en demeurait pas moins illustre puisque nous avons eu l’honneur d’accueillir Nicolas Dupont-Aignan, leader du parti gaulliste Debout le République. La question de l’avenir de l’Europe politique étant la thématique de cet échange, il allait de soi que les interrogations consécutives aux positions exposées par notre invité furent à la fois nombreuses et polémiques.

Nicolas Dupont-Aignan a longuement fait part de sa vision de l’Europe, considérant dans un premier temps que la confusion entre l’Europe et l’Union européenne finissait par tuer l’Europe même. L’idéal de paix et de progrès, indissociable de la construction européenne, peut pourtant faire à ses dires l’objet de deux lectures : d’une part, la primauté indispensable de la nation comme échelon politique de référence pour réaliser ce double impératif ; d’autre part, et a contrario, le frein que constituent les nations. Si ces deux visions qui affrontent farouchement – pour aller vite – partisans d’un renforcement de l’Etat-Nation et partisans d’une dislocation relative des nations au profit de structures supra-étatiques, sont respectables, nous dit Dupont-Aignan, le mythe de la nation européenne est un leurre qui a contribué à saper les repères nationaux. Ainsi, le rêve d’une Europe politique serait allé trop loin et aurait été à l’origine de ce « monstre politique » et bureaucratique, pour reprendre la métaphore que cet héritier du gaullisme a abondamment employée.

L’Europe politique signifierait donc vider de leur sens les démocraties nationales au profit de la démocratie européenne – laquelle ne serait possible qu’en présence d’un socle commun qui permettrait de la définir. Erigée en « dogme » et en « religion », la construction forcée de ce peuple européen aurait abouti à ses yeux à un double échec. Le premier est la suppression des frontières intérieures qui aurait concouru à brouiller les cartes en favorisant l’immigration clandestine, en profitant aux plus riches, et a fortiori en dépossédant les nations pauvres de leurs élites. Le deuxième « fiasco de l’Europe politique » se cristalliserait dans l’adoption d’une monnaie unique, l’Euro, alors que les systèmes économiques et financiers sont structurellement divers et différents. Fustigeant les disciples du jusqu’auboutisme monétaire, il a rappelé que « la mondialisation allait plus vite que l’européisation ».

Qu’en est-il de la place de la France dans le concert européen ? En bon souverainiste, celui qui se revendique comme l’un des seuls « vrais » héritiers du gaullisme n’a eu de cesse de considérer que la France se serait projetée et abandonnée dans le projet européen par faiblesse, en bradant au passage son indépendance et sa liberté. D’où la nécessité de proposer une France libre dans une Europe des nations unies où chacun pourrait « rester ce qu’il est ». Comment y parvenir ? Aux dires de Dupont-Aignan, la réponse est simple : sortir de cette Europe au service des banques et des oligarchies ne peut s’accomplir qu’à condition de rompre avec tous les traités inféodant la France aux instances supranationales (que cela soit l’Union Européenne ou l’OTAN). La voie à suivre qu’il appelle donc de ses vœux est celle d’une France indépendante au sein d’une Europe qui n’annihilerait pas les spécificités nationales.

Le débat qui a suivi cette présentation a non seulement porté sur la vision de l’Europe politique professée par Dupont-Aignan, mais également sur ses propositions économiques, sur son rapport au gaullisme – dont nous avons pu mesurer l’intimité –, et sur ses ambitions politiques. Cherchant à se démarquer sur l’échiquier politique, d’une manière presque providentielle (en distinguant bien soigneusement la « réalité » de la « vérité »), il a tenu clairement à se détacher de la majorité en se posant comme détracteur de Nicolas Sarkozy… Mais là aussi, bien des ambiguïtés ont été palpables si l’on se souvient qu’il lui avait accordé son suffrage lors des élections présidentielles de 2007. Sur les questions économiques, des interrogations judicieuses ont été émises : poussées à leur terme, les propositions – protectionnistes notamment – de Dupont-Aignan ne sont-elles pas post-keynésiennes, alors qu’il refuse même ce terme ? Notre invité a profité de l’échange pour réaffirmer quelques positions chères au gaullisme : l’importance accordée au référendum, à la souveraineté du peuple, mais aussi la centralité de valeurs républicaines structurantes, de la laïcité à la méritocratie, en passant par la primauté de l’Etat ou de la culture française dans le monde. Ce débat fut donc l’occasion de mettre à l’épreuve une sensibilité politique originale dont la fidélité au gaullisme est à la fois la référence historique et le fer de lance d’un programme politique, qui, nous pouvons le suggérer, pose finalement autant – ou plus – de questions qu’il n’en résout.

Le club "Citoyens engagés"

Par Le club "Citoyens engagés"
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Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 22:32

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    Un récent article d’ « Alternatives économiques » que l’on peut lire sur la toile ne manquait pas de dénoncer la surenchère sécuritaire et l’inefficacité des politiques répressives en matière de sécurité. Alors que le gouvernement actuel mène une course tous azimuts sur les questions de sécurité, que le « discours de Grenoble » et les expulsions de Roms font couler beaucoup d’encre, un bilan récapitulatif de la politique menée jusqu’alors était le bienvenu. Avec une cascade de chiffres à l’appui, l’article montre bien qu’en dépit de l’apparente baisse générale de la délinquance, les actes de grande délinquance et les violences faites aux personnes ont inexorablement explosé ces dernières années. Mais, de l’autosuffisance de la droite sur sa politique sécuritaire aux railleries – certes légitimes – de la gauche, il me semble qu’une réelle prise de conscience de l’enjeu des questions concernant la sécurité doit s’opérer pour ne pas sombrer une fois de plus dans cette sempiternelle opposition droite/gauche, où chacun des deux camps se renvoie stérilement la balle.

 

    Qu’une politique entièrement fondée sur le zèle répressif soit vouée – à moyen ou long terme – à l’échec, nul ne songerait à le révoquer en doute. Le paradoxe est flagrant, et pour ainsi dire, insoutenable : alors que Nicolas Sarlozy a fait de la sécurité le fer de lance de sa politique, depuis son passage au ministère de l’Intérieur jusqu’à son mandat présidentiel, force est de constater que les résultats escomptés n’ont pas été au rendez-vous. Quid de la baisse des effectifs policiers, et de leurs conditions de travail de plus en plus difficiles ? Pis encore, le sentiment d’insécurité n’en a pas moins diminué. Des déchéances de nationalité aux expulsions massives, venant accroître par là les amalgames entre immigration et délinquance dont se délectent les extrémistes en tous genres, nous avons de quoi être dubitatifs quant aux réels effets de ces mesures qui n’ont finalement qu’un objectif, à peine dissimulé : attirer un certain électorat « lepéniste », qui préfèrera sans nul doute, l’original à la copie. Nous pouvons même craindre que cet arsenal répressif en matière législative vienne encore attiser les haines sociales, accroître les clivages, rompre la concorde, et dresser les citoyens les uns contre les autres – ce qu’avait déjà entrepris en partie le « débat » sur l’identité nationale (je renvoie pour cela à l’excellent article d’Hadrien Ghomi). Que ce décorum médiatique s’inscrive dans des visées électorales précises, c’est une autre évidence, d’une banalité presque déroutante. Toutefois, l’UMP ne court-elle pas le risque d’un isolement sur l’échiquier politique, d’autant plus dommageable qu’elle prétend se faire le chantre de l’ouverture ? La politique actuelle a créé des remous, y compris chez les électeurs de la majorité, dont beaucoup se sont sentis humiliés dans leurs convictions humanistes (car oui, on peut être de droite, être attaché aux principes républicains, et autant que faire se peut, aux droits humains fondamentaux). La recette de ce cocktail explosif consistant à mélanger interventions musclées sous les feux des caméras, rhétorique sécuritaire et incrimination de minorités – dont la définition reste floue… – ne semble plus fonctionner, et les citoyens ne sont pas dupes. Même réadapté en fonction des ambitions du moment, un scénario ne se reproduit pas deux fois ; l’Histoire non plus. Je passe sur les violations honteuses des lois de la République, maintes fois décriées ces derniers temps par de brillants historiens, sociologues et juristes, pour ne citer que Patrick Weil ou Gérard Noiriel. Je passe aussi sur la souillure de l’image de notre pays (vous savez, celui de Voltaire et de la tolérance) dont la presse étrangère vient nous rappeler amèrement et quotidiennement, la sinistre réalité.

 

    Partageant donc le point de vue de ceux qui récusent les dérives sécuritaires que notre gouvernement inflige à notre pays, je conserve pourtant la conviction qu’il convient de ne pas jeter aux orties ces épineuses questions relatives à la sécurité, au moins pour ne pas céder face aux séditieuses tentations populistes. La colère de l’humaniste doit céder la place à la conscience du citoyen. Sans pour autant occulter ce qui doit rester les priorités politiques fondamentales – à savoir l’emploi, les services publics, la redéfinition de notre système éducatif, la lutte contre la précarité et les inégalités –, il me semble que la gauche et les démocrates plus généralement, doivent réinvestir à la fois sur le plan théorique et politique, la question de la sécurité ; et ce, au moins pour une double raison. La première, plus philosophique, est certainement la plus importante. Si de prime abord la droite traditionnelle s’est toujours montrée plus sensible aux thématiques touchant à la sécurité, cette dernière constitue pourtant une des prérogatives fondamentales de tout homme. Nul n’est libre dans un Etat où règnent insécurité et incivilités. C’est la leçon que nous donnait Spinoza, il y a presque quatre siècles de cela. Mais qu’entendre par sécurité ? Il s’agit, dirons-nous vite, de l’absence de dangers et de crainte. Bien entendu, l’essence même de la vie est d’être, par définition, dangereuse et constamment en proie aux aléas et à la fragilité. C’est ce qui fait de la sécurité un combat sans cesse renouvelé, dont l’Etat doit être le garant et le protecteur s’il ne veut pas voir s’installer en son sein la « guerre de tous contre tous » que décrivait Hobbes dans son Léviathan. A trop vouloir opposer sécurité et liberté, ne fait-on pas insidieusement le jeu des extrémistes ? Ecoutons donc une fois de plus Spinoza, certainement l’un des plus lucides sur la question : l’Etat est fait, écrit-il dans le chapitre XX du Traité théologico-politique, « pour libérer l’individu de la crainte, pour qu’il vive autant que possible en sécurité, c'est-à-dire conserve, aussi bien qu’il se pourra et sans dommage pour autrui, son droit naturel d’exister et d’agir. (…) La fin de l’Etat est donc en réalité la liberté ». Que la sécurité ne fasse office de liberté, heureusement, car il suffirait dans ce cas d’être et de se sentir en sécurité pour être heureux. Mais elle n’en reste pas moins l’une des conditions d’exercice de cette liberté, insuffisante certes, mais nécessaire. C’est ce qu’a, me semble-t-il, oublié la gauche.

 

    Ce qui m’amène à la deuxième raison de ne pas mépriser entièrement ce qui doit concourir à préserver la paix civile. N’oublions pas que la capacité de la gauche à proposer un programme résolument alternatif et crédible sera la condition sine qua non de son éligibilité pour des élections présidentielles, qui, rappelons-le malgré le climat prématuré d’euphorie, ne se joueront pas dans les sondages. La gauche et les forces démocrates ne devront pas se cantonner à s’ériger en force d’opposition, et ne pourront seulement être ces sycophantes si décriés de l’Athènes classique, lançant à tout va des accusations en espérant récupérer quelques oboles. Au travail !

 

Jan SYNOWIECKI, secrétaire du club

Par Jan Synowiecki
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Lundi 19 juillet 2010 1 19 /07 /Juil /2010 15:15
marianne
 
Messieurs les Co-présidents,
 
Ces quelques lignes simplement pour vous remercier d'avoir mis en place le club "Citoyens Engagés". C'est en effet l'occasion de s'exprimer, d'échanger sans démagogie, sans arrière pensées électorales, avec des protagonistes de convictions différentes, des citoyens, des militants qui constitutent la mosaïque de notre nation. L'utilité de votre initiative peut aussi être salutaire pour faire remonter des messages, des idées aux personnes à qui nous confions un mandat ; également de bien raisonner celles et ceux qui comptent nous représenter demain, car une bonne majorité de Français ont hélas de moins en moins confiance dans leurs élites... et ce, depuis plus de 35 ans! Dans l'ensemble, le peuple de France est encore moins écouté qu'il y a 40 ans. Au moins parvenait-on à résoudre des préoccupations essentielles telles que l'emploi ou simplement... se nourrir.
 
Je vous encourage donc à créer d'autres clubs à travers l'hexagone, de manière à ce que celles et ceux qui ont encore la force mentale de résister, de combattre, de convaincre sur l'utilité, puissent le faire par le biais d'initiatives comme le club Citoyens Engagés.
 
Je vous souhaite donc de nombreux "néo" Citoyens Engagés qui, malgré la diversité de leurs opinions, sauront spontanément être probes, intègres et de bonne intelligence, pour que l'intérêt général l'emporte. Que la France retrouve honneur et indépendance ; que la France renverse la tendance : qu'elle puisse repousser le diktat économique mondialiste dans lequel nous sommes fourvoyés depuis plusieurs décénnies... C'est encore possible si nous autres, le bas de l'organigramme, nous nous approprions ce qui est censé nous appartenir, ou ce qu'il en reste : la démocratie et notre pays républicain, laïc.
 
Merci M. Breysse, Merci M. Ghomi.
 
Je peux effectivement deviner que ce n'est pas une "mince affaire" de lancer, faire grandir ce club:
 
1/ vis à vis des étiquettes politiques, votre environnement, votre encadrement;
 
2/ envers nos concitoyens dont on peut comprendre le désintérêt, le découragement ou simplement la colère. Des sentiments finalement bien humains et bien légimitimes au regard de la médiocrité, de l'incompétence notoire et de la malhonnêteté qui nous sont régulièrement et globalement servis par les deux tendances politiques majoritaires depuis 1970. On le vit, on en parle entre nous assez souvent... entre citoyens, sans bonnet phrygien, sans estampille viande bovine française non plus! On sait que celles et ceux qui n'y connaissent rien nous considérent comme des veaux, des bouseux, des banlieusards bobos ou cailleras!
 
Plus sérieusement, combien de gens de "droite ou de gauche" ai-je croisé ces vingt-cinq dernières années qui ne se reconnaissent plus dans la conviction bleue ou rose? Combien de gens rose à la main un soir de mai 1981 ont déchanté devant l'inexemplarité, les choix douteux (en plus haut lieu) jusqu'à "faire le lit" d'un parti extrêmiste histoire de régner davantage? Combien de Français issus d'origines diverses, fils, petit-fils de gaullistes se sentent souillés, humiliés par la récupération de ces droites atlantistes, affairistes, aux allures monarchistes qui se sont succédées?...
 
Ces deux principales formations ont donc favorisé l'émergence du parti majoritaire des invisibles, "des abstentionnistes", non comptabilisés bien sûr, qui n'a aucune bonne raison d'espérer en allant voter ; le capital naïveté a été consommé, rongé, -que dis-je- bouffé et de surcroît transmis d'une génération à l'autre... C'est très grave.

Faudra t-il recommencer ce qui s'est passé entre 1789 et 1799? Régler ses comptes entre CSP? Entre faibles et puissants? Entre institutions et citoyens? Entre clients/salariés d'un côté vulgarisés comme centres de coût et de l'autre management/actionnariat obnubilés par le bénéfice instantané/la perception de dividendes? Entre les invisibles, les effacés, et ceux que l'on entend trop, que l'on voit abusément... Mais qui travaille finalement dans ces élites? Quand? Qui nous rend des comptes semestriellement, annuellement? Travaillent t-elles/ils à bon escient et spontanément? En sont-ils/elles encore capables?... Pourquoi faut-il porter trop souvent à la connaissance du grand public leurs dérives, pour que des changements de comportements s'opèrent et que les attitudes deviennent soudainement éthiques? Pourquoi en France faut-il toujours une bonne dose de conflictuel pour arriver à une malheureuse table de négociations et instaurer un dialogue entre intérêts divergents? Notre classe politique est-elle à ce point et majoritairement de mauvaise foi, nombriliste, condescendante et menteuse?... Nos représentants ont-ils bien conscience de l'ordre de mission, de l'obligation de résultat que nous leur ordonnons? Ont-ils bien compris que nous sommes "les patrons", nous la masse, les quelques 60 millions de citoyens?

 
Aujourd'hui la masse en a ras le bol, d'être prise pour plus imbécile, plus demeurée qu'elle ne l'est en réalité. Et oui, "les vrais ennemis de la société ne sont pas ceux qu'elle exploite ou tyrannise, ce sont ceux qu'elle humilie". Merci M. Bernanos. Il est invraisemblable et insultant de constater que tous ces septennats, quinquennats aient été symbolisés -au mieux- par une productivité minime et de graves manquements à l'intégrité dans l'exercice des fonctions pour lesquelles ces gens de la France d'en haut ont été mandatés. Quelle perte de temps, combien de tromperies, de gaspillages?...
 
Le Conseil National de la Résistance restera t-il encore longtemps une/la meilleure qualité politique qui n'ait jamais existé de la Ière à la Vème République? Comment expliquer qu'en l'espace de quelques mois, ces gens aient été capables, malgré bien des différences de convictions de mettre en place un échaffaudage politico-économique durable, cohérent qui régit encore un peu notre vie de modestes citoyens. L'honnêteté? L'intérêt général des Français? L'abnégation? Des valeurs entières ne servant ni de paravents ni de faux semblants? Pourquoi n'est-on pas en mesure, aujourd'hui d'avoir des professionnels sincères, désintéressés? Des pragmatiques à effet immédiat comme lorsque des fameuses "mesures applicables dès la libération" ont été semées, portant rapidement leurs fruits dans le quotidien de nos ascendants et dans une France en cendres?    
 
De plus en plus de nos compatriotes n'ont plus une once de crédibilité envers le politique. Ce dernier n'a d'ailleurs plus la main sur grand chose et d'en bas, on a fortement l'impression qu'il n'a jamais vraiment maîtrisé le sujet ; soit complice, soit sous la coupe des marchés, de la finance mondiale, des lobbies et autres corporations qui sont les véritables éminences grises, les véritables gouvernants, ce à quoi nous sommes asservis. Afin que la gouvernance mondiale s'établisse pour de bon, en pulvérisant au passage ce qu'il reste de notre beau pays? "Les présidents de la République" à venir se contenteront-ils de faire l'interface, les transmetteurs d'ordres entre les organisations internationales et nous?
 
Car demain (en 2012?) on nous demandera à nous autres, les invisibles, de nous laisser convaincre à grands coups de broyages et de battages du quatrième pouvoir... Avec un habituel répertoire tout droit sorti du catalogue de promesses électorales savamment ressorti, revu, répété par les brillantes équipes de com'... "Les promesses n'engagent que celles et ceux qui y croient"... Et plus c'est gros, plus aisée est la lobotomisation des masses que nous sommes. A quand un/e candidat/e avec un programme simple, précis, faisable, léger? Sur deux, trois axes par exemple: finances publiques, guerre contre le chômage, développement durable. Cela implique déjà beaucoup de travail (car de nombreux sous-thèmes). C'est d'ailleurs suffisant : étant donné que le haut de l'organigramme n'a jamais su résoudre ces problèmes depuis 1973, date du premier choc pétrolier.
 
Pour celles et ceux qui auront encore un zeste de lucidité tout comme la force d'aller voter (?) on se retrouvera devant les mêmes choix, de femmes ou d'hommes qui briguent un énième mandat, -le suprême-  et qui ont "besoin de notre confiance" pour tenter "de relever la France"... une énième fois. On les entend déjà. Les invisibles se retrouveront face à ces menus ordinaires, ces interrogations banales: "quel est le "moins pire"? Lequel semble  le plus honnête, le plus rationnel? Appartient-il/elle à un establishment ? En a t-elle/il été, comme par exemple Pompidou ancien cadre chez Rothschild? A t-il/elle eu des casseroles?... "& so on"  comme disent les anglo-saxons.
 
Je vais m'arrêter car j'en déprime d'avance. Aussi pour ne pas définitivement défourailler vos convictions de jeunes militants car on a quand même besoin de nouvelles têtes ; de nouvelles forces comme vous pour tenter "de faire bouger les lignes", selon le champ lexical en vigueur. Les vieux tigres vous laisseront-ils le champ libre? Quand mélangera t-on dans ce pays (donneur de leçon planétaire en terme de droits de l'homme, entre autres) des gens aux responsabilités issus du bas de la société civile à ceux aux cursus classiques : ENA, Sciences-Po,...? 
 
Citoyens, lorqu'ils viendront vous démarcher pour le bout de papier (pardon le bulletin de vote), exigez la qualité de service, le SAV c'est très important; le vote ou le fait que vous votiez pour eux ne leur donnent pas l'autorisation de faire ce que bon leur semble. Demandez la constitution de leurs équipes, dir cab, conseillers, car ce sont eux qui sont chargés de notre monde, de notre avenir et de ceux de nos descendants. Soyez exigeants, sévères, utilisez l'impératif présent s'il le faut, en restant zen. Pour une fois retrouvons le sens de l'intérêt général, en voyant plus loin que le bout de notre nez... Ah si l'on pouvait trouver celui ou celle qui pourrait dresser cette économie sauvage!
 
Bon courage &/ou bonnes vacances les "co-prez" ainsi qu'à tous les membres du CCE.
 
Pour la note culturelle, ci-dessous le 1er couplet de "Spirits in the material world" (puisque c'est ce que nous sommes finalement) écrit par un certain Sting, interprété par l'excellentissime trio The Police en 1981.
 
There is no political solution
To our troubled evolution
Have no faith in constitution
There is no bloody revolution
We are spirits in the material world
 
Respectueusement,
 
Pâtrïq G Reyshow
Par Pâtrïq G Reyshow
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